Cet
arbre a toujours frappé l'imagination autant par sa forme que par sa
grosseur et différentes suppositions ont été faites sur l'âge qu'il
pouvait atteindre. Le botaniste Michel Adanson estima que certains baobabs d'envergure exceptionnelle pouvaient attendre 5 000 à 6 000 ans
ce qui remettait en question la datation biblique du Déluge censé
n'avoir eu lieu que 4 000 ans auparavant. A l'époque, de nombreux
scientifiques firent part de leur désaccord sur ces estimations. En
tous les cas, il signale avoir vu en 1749 au Sénégal sur l'île de
Madeleine des spécimens avec des inscriptions remontant au XVe siècle,
mais ces baobabs ont depuis disparu.

Allée des baobabs sur l'île de Gorée (Sénégal). Ils auraient été plantés sur l'île au milieu du 18ème siècle.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Le baobab ne se prête pas à une évaluation de l'âge
au-delà de cinquante ans par la numération des cercles annuels
d'accroissement (étude dendrochronologique) puisque pour les gros
sujets, la partie centrale du tronc se résorbe peu à peu avec l'âge.

Baobab creux dans la forêt de Nguékokh (Sénégal)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Le bois
étant constitué essentiellement de fibres, les cernes de croissance
sont souvent assez mal définies. En 1963, un chercheur (E.R. Swart)
ayant eu des échantillons de bois du cœur d'un baobab de 4,5 mètres de
diamètre abattu près du lac Kariba dans la vallée du Zambèze a pu dater
cet échantillon au carbone
14 et estimer son âge à 1010 ± 100 ans. Les 2 autres datations
réalisées dans ce même baobab au milieu (740 ± 100 ans) et vers sa
bordure extérieure ont permis de calculer une croissance moyenne assez
rapide de 3 cm de diamètre par an pour les années les plus récentes.
Certains ont également proposé, sur la base d'une loi empirique,
d'estimer l'âge des arbres à partir de la circonférence du tronc. Mais
on ne peut toutefois utiliser de relation linéaire entre âge et
circonférence car la vitesse de croissance n'est pas constante au cours
de la vie d'un individu et les baobabs les plus gros ne sont pas
nécessairement les plus vieux.

Baobab creux dans la forêt de Nguékokh (Sénégal)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Des suivis de sujets ont été réalisés au
Sénégal et en Côté d'Ivoire, les taux de croissance observés variaient
entre 2 et 3,5 cm par an. Il semble toutefois que cette croissance
s'abaisse très rapidement au bout de 20 ans.

Une fois tombé à terre, les baobabs ont la faculté de se régénérer à partir des branches et de former ainsi sur l'ancien tronc de nouveaux arbres.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Il est donc très difficile d'évaluer l'âge des
baobabs et il semblerait qu'ils soient généralement plus jeunes qu'on
ne le croit. Depuis 40 ans, aucune autre datation C14 n'a été
à ma connaissance réalisée sur de vieux sujets ce qui laisse encore à
ce jour bien des mystères sur l'âge de ces arbres souvent qualifiés de
millénaires.

Baobab de Sagole en Afrique du Sud. Carte postale de 1944.
Reproduction et utilisation interdites
L'un des plus gros baobabs actuellement connus dans
le monde, sinon le plus gros, se trouve dans la région de Limpopo, près
de Sagole, dans la Province nord en Afrique du Sud. Son diamètre
atteint la dimension impressionnante de 13,7 m et mesure au total 38
mètres de tour de tronc; l'une des branches les plus basses repose même
directement au sol.

Baobab de Sagole en Afrique du Sud de nos jours.
Reproduction et utilisation interdites
Au Sénégal, les plus gros baobabs répertoriés ont des périmètres de plus de 20 m soit des diamètres dépassant les 6 à 7 mètres.
Le baobab de l'ellipse du Point E, près de la Cité universitaire de
Dakar, présentait une circonférence de 20,30 m mais a été abattu en
1971. Enfin, le célèbre baobab des griots de Ouakam en banlieue de
Dakar, qui a été signalé et décrit par Adanson, il y a presque trois
siècles, a été abattu en 1959 et mesurait 22,50 m de circonférence.

Le célèbre baobab de l'ellipse du point E (Dakar) abattu en 1971.
Photo IFAN, Cocheteux
Reproduction et utilisation interdites
Le baobab d'Afrique (A.digitata) des fleurs ,des fruits et des graines
Sur les 8 espèces de baobab dans le monde (Madagascar, Australie, Afrique), seule l'espèce Adansonia digitata est présente en Afrique. Le baobab d'Afrique a un caractère botanique unique dans le genre Adansonia
: des fleurs pendantes, au contraire des autres espèces malgaches et
australienne à fleurs érigées. Les caractéristiques énumérées
ci-dessous concernent principalement le baobab d'Afrique (A. digitata) mais un tableau sur quelques critères de comparaison présente toutes les espèces.(voir à la fin de cette page).

Fleur de baobab (Adansonia digitata)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Le baobab produit un système radiculaire latéral
très étendu jusqu'à 50 mètres du tronc dont la terminaison se présente
souvent sous forme de tubercules.
Mais les racines principales des arbres âgés sont relativement peu
profondes et ne se prolongent rarement au delà de 2 m. Ils sont de ce
fait très sensibles aux forts vents de type tempête, orage qui peuvent
le déraciner.

Feuille digitée du baobab (Adansonia digitata)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les feuilles sont simples ou digitées (5, 7 ou 9 folioles) et atteignent jusqu'à 20 cm de diamètre. Elles apparaissent irrégulièrement un peu avant la saison des pluies pour la variété A. digitata. Les feuilles de jeunes arbres sont souvent simples. Tout les baobabs sont caduques,
ils sont donc complètement dénudés pendant la saison sèche et ne
verdissent que pendant l'hivernage, c'est-à-dire à partir des mois de
juin et juillet au Sénégal. Parfois certains sujets, dans les lieux
frais, restent feuillés presque toute l'année comme en Casamance.

Ancienne gravure de feuilles et fleurs de baobab. M.J. Turpin, 1815-1820
Reproduction et utilisation interdites
Les fleurs sont blanches, grandes et
pendantes, et se situent à l'extrémité d'un pédoncule de 10 cm à 1 m de
long. Elles ont une corolle large de 15 à 20 cm composée de 5 pétales blancs tournés vers le haut.
La floraison commence en fin de saison sèche ou juste avant les
premières pluies, souvent avec l'apparition des premières feuilles. Les
fleurs commencent à s'ouvrir vers la fin de l'après-midi, s'ouvrent
complètement en soirée et tombent le lendemain à l'aube. Elles ne durent donc que 12 heures. Les
fleurs émettent un parfum aigrelet, soufré, voire putride qui attire en
particulier les chauves-souris et vont jouer ainsi le rôle de
pollinisateur.

Avec leurs griffes, elles s'accrochent quelques secondes et endommagent la corolle pour recueillir le nectar; ces traces de lacérations de couleur brunâtre sont visibles sur les fleurs tombées à terre le lendemain (voir le film sur la pollinisation du baobab par les chauves-souris).
A Madagascar, en plus des chauves-souris frugivores, les lémuriens jouent un rôle important dans la pollinisation.

Fleur de baobab (Adansonia digitata)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites

Au petit matin, les fleurs montrent des traces de lacérations laissées par les griffes des chauves-souris.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Le nombre de fleurs par arbre varie de 1 ou 2 jusqu'à 10-50 par jour et la floraison peut se prolonger pendant 6 semaines.
D'une manière générale, la floraison s'adapte aux particularités
climatiques des saisons: d'octobre à décembre en Afrique australe; de
novembre à décembre à Madagascar; de mai à juin en Afrique occidentale;
et sporadiquement au cours de l'année sauf au Soudan de janvier à mars
(saison sèche). Les fruits se développent 5 à 6 mois après la
floraison. On estime que les baobabs sont prêts à produire des fruits entre 8 et 23 ans.
Une technique de greffage mise au point au Mali a permis non seulement
d'obtenir des plants appropriés pour la production de fruit dès la
troisième année mais elle a conduit également à des arbres plus petits,
ce qui facilite la récolte des fruits. En effet la croissance en hauteur des baobabs est de l'ordre de 0,8 à 2 m par an.

Fleur de baobab venant tout juste de tomber et laissant apparaître le fruit.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les fruits sont souvent appelés "pains de singe".
Ils mesurent entre 10 et 45 cm de long et sont de formes très variables
souvent ovoïdes mais parfois sphériques, fusiformes, très allongés ou
en massue. Leur poids moyen avoisine les 250 grammes.

Fruit ouvert d'Adansonia digitata.
© Baobab Fruit compagny
Ils sont formés d'une partie extérieure (l'épicarpe)
très résistante ligneuse, épaisse de 8-10 mm, recouverte d'un duvet
légèrement urticant jaune/vert qui enferme à maturité une pulpe
farineuse sèche de couleur blanche (l'endocarpe).

Jeune fruit de baobab non arrivé à maturité.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les graines sont incorporées dans cette pulpe où
l'on trouve également un enchevêtrement de grosses fibres de couleur
brun rougeâtre. Elles sont de couleur brune foncée à noir rougeâtre
avec un test lisse. On compte plusieurs centaines de graines par fruit.
Un baobab produit en moyenne 200 kg de fruits mais la production en est très fluctuante voir même absente certaines années.

Fruits de baobab (Adansonia digitata) à différents stades de maturité.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les fruits tombent de l'arbre à maturité, ce qui
casse l'épicarpe (la coque) et permet entre autre aux termites de
manger la pulpe et ainsi de libérer les graines. Ces dernières sont
dispersées, quand elles ne germent pas in situ, par des singes, rats,
éléphants, oiseaux ou enfin par l'homme qui est également un gros
consommateur des fruits.
Espèce Localisation | Cliquez pour agrandir | Hauteur | Ø | Tronc | Cime | Floraison pendant feuillaison | Fleurs Durée : jours |
A. digitata "Afrique" |

| 20 | 7 | Massifs cylindriques | Souvent régulière, arrondie | Habituellement | 1-1,5 |
A. grandidieri "Madagascar" |

| 25 | 3 | Elancé, légèrement conique | Irrégulière, aplatie | Avant feuillage | 2,5-4 |
A. suarezansis "Madagascar" |

| 15 | 2 | Elancé, cylindrique | Régulière, aplatie | Avant feuillage | 0,5-3 |
A. gibbosa (syn. gregori, rupestris)
"Australie"

10
5 Massif cylindro-coniqueIrrégulière, arrondieHabituellement2-4A. rubrostipa(syn. A. fony)
"Madagascar"
5
3Massif cylindro-coniqueIrrégulière, aplatieOui1,5-3A. madagascarensis (syn. A. bernieri)
"Madagascar"
15
5Massif cylindriqueIrrégulière, arrondieOui3-4A. za(syn. A. bozy, A. Alba)
"Madagascar"
15
5Massif cylindriqueIrrégulière, arrondieOui1A. perrieri
"Madagascar"
15
2Elancé, légèrement coniqueIrrégulière, aplatieOui2-3
Le baobab d'Afrique, plus qu'un symbole, une ressource: l'arbre aux milles usages
Dans les pays tropicaux, l'intérêt des plantes sauvages pour l'alimentation des populations rurales est très largement reconnu. En Afrique occidentale, environ 350 espèces ont été recensées et fournissent des produits indispensables à savoir des substances médicales, du bois d'œuvre, du bois de feu, de l'huile, des noix, des résines, des fibres, du fourrage, des légumes et bien entendu des fruits.
Le baobab d'Afrique figure parmi les espèces fruitières de cueillette
les plus appréciées par les populations sahélo-soudaniennes et la
multiplicité de ses usages en fait l'une des espèces les plus utiles du
Sahel. Partout en Afrique, les différentes parties du baobab - racines,
tronc, écorce, feuilles, pulpe, graines - sont exploitées à des fins
thérapeutiques, nutritionnelles et dans la pharmacopée traditionnelle
africaine où le baobab entre dans la préparation de nombreux remèdes,
tout particulièrement pour les problèmes digestifs mais aussi pour ses
vertus anti-inflammatoires.

Fruit de baobab fermé et ouvert avec leur pédoncule. Sac rempli de pain de singe.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
La pulpe du fruit est largement utilisée dans la médecine traditionnelle comme fébrifuge, analgésique, anti-diarrhéique, anti-dysentérique et dans le traitement de la variole et de la rougeole. La pulpe des fruits, généralement blanchâtre, mais pouvant être jaune ou rosée, appelée "pain de singe", est très riche en acide ascorbique (vitamine C, 2500 à 3000 mg/kg), soit à volume égal 6 fois supérieure à celle contenue dans une orange. L'acide
ascorbique a un rôle extrêmement important du point de vue nutritionnel
et thérapeutique, par exemple comme solution au scorbut.

Détail de la pulpe de baobab: enchevêtrement de fibres et de pulpe dans laquelle se trouve les graines.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
La pulpe contient aussi des quantités importantes d'autres vitamines essentielles telles que la thiamine (vitamine B1), la riboflavine (vitamine B2) ou encore la niacine (vitamine B3 ou PP).
Le goût acidulé de la pulpe est du aux acides organiques tels que
l'acide citrique et l'acide tartrique. Si l'on devait comparer cette
acidité à l'un de nos fruits, elle est un peu plus marquée que pour
celle des raisins secs. Ces acides sont par exemple utilisés par les
peuples pasteurs d'Afrique pour faire coaguler le lait. Dans 100 g de pulpe du fruit du baobab, il y a 75,6% de glucides, 2,3 % de protéines et 0,27 de lipides et permet d'obtenir 300 mg de vitamine C.
Enfin, elle contient des fibres dont la
quantité peut atteindre 45 g pour 100 g de produit, composant essentiel
du régime alimentaire. On comprend pourquoi de nombreux
groupes pharmaceutiques ont depuis quelques années renforcé leurs
recherches sur la pulpe de baobab. On peut mâcher la pulpe et l'avaler,
ou bien la dissoudre dans de l'eau et/ou du lait concentré pour en
faire une boisson rafraîchissante et énergétique (appelé "bouye" au
Sénégal). Cette boisson est quelquefois mélangée à la "mérissa", sorte
de bière de sorgho fermentée très commune au Soudan. Enfin, dans
certaines parties d'Afrique, la pulpe de baobab est brûlée pour fumiger
les insectes qui parasitent le bétail domestique.
Conte francophone pour enfants autour du baobab et
du pain de singe: Paa, un jeune garçon parti vendre des bananes au
marché et faire des courses pour sa mère, veut aider un baobab
assoiffé.
Ce faisant, il perd par mégarde ses bananes. Pour
aider et remercier le jeune Paa, le baobab lui apprend comment
transformer les graines de ses fruits en bonbons.

Paa peut les vendre au marché et rentrer chez lui
tranquille. Un beau récit qu'accompagnent avec bonheur des très belles
et délicates illustrations. Baobonbon - Satomi Ichikawab (L'Ecole des
loisirs)
Les coques des fruits une fois vidées de la pulpe
farineuse sont utilisées comme assiettes, plateaux ou encore
transformées en colliers, bracelets ou bagues.

Objets artisanaux de décoration réalisés à partir des coques.
© ICUC
Le pollen
des fleurs de baobab mélangé à de l'eau permet de préparer une glue
puissante. Il est également possible de préparer de la colle avec la
sève du baobab.

Poudre de feuilles de baobab séchées (lalo).
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les feuilles jeunes sont consommées parfois crues
ou bouillies, mais le plus souvent, elles sont séchées pour être
réduites en poudre. Cette poudre, appelée lalo au Sénégal, est
incorporée aux céréales ou dans les sauces pour la préparation du
couscous de mil. Les feuilles sont très riches en calcium et fer,
en effet 33 grammes de feuilles sèches couvrent les besoins journaliers
en calcium d'un individu: 100 g de feuilles fraîches (correspondant à
23 g de matière sèche) contient de 400 à 2600 mg de calcium. Dans la
pharmacopée traditionnelle, les feuilles sont employées en compresses
ou en tisanes.

Feuilles fraîches de baobab sur un marché d'Afrique de l'Ouest.
© ICUC
Elles sont également largement utilisées durant l'hivernage pour nourrir le bétail.
Cette pratique menée de manière déraisonnée sur une forêt de baobab
peut engendrer un problème environnemental majeur. Il est également
intéressant de noter que les feuilles ne sont prélevées sur n'importe
quel baobab. Pour la préparation de la poudre de feuilles, elles
proviennent d'une "variété" de baobab glabre
dont les branches sont continuellement coupées de sorte qu'il ne
fleurit jamais. La variété possédant des feuilles tomenteuses est
plutôt réservée à la production de fruits.
Les jeunes plantules se mangent cuites comme des
asperges, soit au naturel, soit légèrement ébouillantées: on mâche les
parties tendres et recrache les fibres ; on fait de même avec racines
des jeunes plants. Cette pratique "culinaire" peut être une menace pour
la régénération naturelle de l'espèce.
Les graines contiennent 15% d'une huile riche en acides gras
essentiels (oléique, linoléique et linolénoique) qui est utilisée dans
l'alimentation humaine et en cosmétique. Cette huile est plus riche en
protéines que celle d'arachide. Elles sont également
consommées fraîches ou grillées voir même torréfiées comme substitue du
café. La farine obtenue à partir des graines peut contenir jusqu'à 48 %
de protéines et 2 % de vitamine B1; elle mériterait d'être utilisée
pour la fabrication d'aliments infantiles comme l'est la farine de
caroubier en Algérie. La graine contient un alcaloïde,
l'adansonine, qui est aussi utilisée comme contre-poison. D'un point de
vue thérapeutique, l'huile soulage par exemple les douleurs provoquées
par les brûlures.

Graines de baobab
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
La partie interne de l'écorce contient une matière
fibreuse qui est utilisée pour la fabrication de cordage par tressage
des fibres. Les fibres les plus résistantes sont employées
pour la confection de cordage, cordes pour les instruments de musique,
paniers, filets, fil de pêche, fibres pour tissus,…

Anciennes traces de prélèvement d'écorce pour la confection de cordage.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites

Baobab récemment écorcé pour la confection de cordage
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Vers 1910, une usine de production de fibre de
baobab s'était même installée à Dakar; les produits étaient ensuite
vendus aux corderies françaises et à une papeterie de la Gironde.
Toutefois, la forte teneur en eau des fibres et la difficulté à les
blanchir pour la manufacture de papier n'ont pas permis à ces
entreprises de perdurer. Les baobabs ont une capacité
remarquable à se régénérer et les prélèvements d'écorce sont rapidement
cicatrisés et une nouvelle écorce se forme. Il est fréquent de voir la base des baobabs ainsi mutilée pour la récolte de fibres mais elle porte également souvent des cicatrices
liées à des objets divers plantés dedans, comme des lames usées de
charrue ou encore des tiges métalliques servant à faciliter l'ascension
dans le baobab vers les branches pour en récolter des feuilles. Enfin
au Malawi, la poudre de l'écorce du baobab une fois introduite dans la
blessure d'un animal tué par une flèche empoisonnée, sert à neutraliser
le poison avant cuisson.

Tiges enfoncées dans les troncs de baobab pour en faciliter l'ascension (à droite)
Traces laissées par d'anciennes tiges (à gauche)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
L'une des caractéristiques des très gros et très
vieux baobabs est également le fait que le tronc du baobab a tendance à
se creuser avec l'âge. Les populations locales ont mis à profit cette particularité pour des utilisations diverses et variées: maison, bar, cellier, fosse septique, tombe d'un griot vénéré, ossuaire, prison, église ou salle de réunion.
Au Zimbabwe, la cavité d'un baobab est utilisée comme salle d'attente
pour les autobus et peut accueillir entre 30 et40 personnes.

Bar installé dans un grand baobab en Afrique du Sud.

Baobab creux pouvant accueillir 5-6 personnes
© ICUC
L'enterrement des griots dans les baobabs
creux est signalé depuis de longue date au Sénégal, un premier
descriptif de cette coutume funéraire remonte à 1594. Le griot
occupe en pays sérère, comme dans une bonne partie de l'Afrique noire,
le bas de l'échelle sociale. Méprisés et redoutés, les griots, mais
aussi leurs femmes et enfants, n'étaient pas enterrés en pleine terre.
En effet, s'ils l'étaient, le sol serait rendu stérile pour toujours.
Lors du cérémonial funéraire, le griot revêtu de ses plus beaux
vêtements, était porté jusqu'au baobab creux. A l'arrivée devant le
baobab, les jeunes gens se précipitaient pour entrer les premiers, en
se livrant à une lutte armée acharnée. Le combat ne cessait que
lorsqu'un deuxième combattant a vaincu le premier : tous deux faisaient
alors entrer le griot dans l'arbre sous les applaudissements et les chants
d'éloges des femmes. Les deux vainqueurs étaient considérés comme des
héros pour les jeunes filles, tandis que les autres jeunes hommes,
vaincus au cours de cette lutte, avaient perdu leur honneur et avili
leur famille : ils trouveront difficilement à se marier…Au
Burkina Faso, dans la région de Dakoro, on retrouve ce même mode de
sépulture, exclusivement réservé aux lépreux et pratiqué par tous les
Dogon de la plaine. Toutefois, ce sont les baobabs ayant une
seule ouverture vers le haut qui étaient privilégiés ; les corps
étaient alors descendus verticalement dans le creux. Ce mode de sépulture était provoqué par la crainte de cette maladie
et le fait que si le cadavre était mis en pleine terre, la pluviométrie
deviendrait insuffisante et que le sol, les céréales cultivées, les
puits seraient souillés.

Tombe de griot à la réserve de Bandia (Sénégal)
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites

Enterrement de Griot
Reproduction et utilisation interdites
Cet arbre a également la faculté spéciale
d'emmagasiner plus de 100 000 litres d'eau dans son tronc ce qui permet
à beaucoup de communautés sédentaires et de tribus nomades de survivre,
même en étant loin de tout point d'eau. Par exemple, les
bushmen du Kalahari utilisent des tiges creuses jointes ensemble comme
des pailles pour atteindre l'eau à l'intérieur du tronc qui constitue
un véritable réservoir. Autre exemple, les populations de
certaines régions sèches au Soudan, comme le Kordofan et le Darfour,
ont transformé certains baobabs en véritable puit ou citerne sans pour
autant qu'il ne dépérisse. Le baobab est alors creusé depuis
le sommet jusqu'au niveau du sol. On aménage alors un vaste entonnoir à
pente très faible tout au tour de l'arbre pour que l'eau se concentre
autour du tronc quand il pleut. Le sommet est ensuite obstrué par des
branchages et de l'argile
lorsque cette citerne naturelle s'est remplie pendant la saison des
pluies. Un robinet est installé à la base et permet en période de
sécheresse de bénéficier d'une eau fraîche et pure qui aurait un
agréable goût citronné.

Par
cette ouverture en hauteur, on remplit l'arbre avec l'eau récupérée sur
le sol pendant la saison des pluies (jusqu'à 2000 litres de contenance)
(à gauche). Ici, l'intérieur d'un baobab qui n'a pas été rempli cette
année (à gauche).
Le tronc du baobab, spongieux et élastique, ne se
coupe pas facilement. Il est toutefois utilisé pour la confection de
pirogues légères, de flotteurs de filet ou encore d'ustensiles de
cuisine. Enfin, les baobabs sont habités par des colonies d'abeilles
qui se nourrissent de nectar de ses fleurs (vidéo).


Vidéo : Colonies d'abeilles (2.6 Mo)
© Sébastien Garnaud
Elles produisent un miel fin et apprécié qui rappelle le miel de châtaigner ou encore le sirop d'érable.

Ruches installées dans des baobabs au Mali.
Reproduction et utilisation interdites
En plus de toutes les utilisations déjà
citées, le baobab possède une énorme valeur culturelle, sociale et
symbolique. Il sert d'arbre à palabres et fait office de "détecteur de
mensonges" car il est gardien de la vérité. Ainsi, des
personnes peuvent jurer sous l'arbre quand on met en doute une de leurs
affirmations. Aucun autre arbre ne peut réconforter un berger solitaire
souffrant du froid autant que ce géant. On trouverait même quelles
utilisations en magie: pour avoir du pouvoir sur quelqu'un, les racines
d'un baobab traversant son chemin peuvent être employées.

Séchage de fruits de baobab au Sénégal.
© ICUC
Reproduction et utilisation interdites
Depuis quelques années, différents produits issus
du baobab ont fait leur apparition sur le marché européen,
principalement en Italie mais également en France. Les
laboratoires pharmaceutiques se sont intéressés depuis de nombreuses
années à cet arbre et ont peu à peu intégré ses diverses propriétés
dans différents produits cosmétiques comme les crèmes, lotions, ou
masques.

Pulpe de baobab vendue en Italie.
© Baobab Fruit Compagny
Reproduction et utilisation interdites
Une société strasbourgeoise distribue même du
nectar de baobab "boisson énergisante, vitaminée" fabriquée à partir du
pain de singe. Une entreprise horticole sénégalaise propose à
destination de la France des baobabs produits sous le label "commerce
équitable" en forme de plants-bonsaï de 1 à 30 ans pour une culture en
pot sous nos climats (voir un baobab dans votre salon).

Jus de fruit à base de pulpe de baobab.
© Baobab Fruit Compagny
Reproduction et utilisation interdites
Un constat alarmant de la dégradation des forêts de baobabs en Afrique de l'Ouest
La dégradation observée ces dernières années des écosystèmes
des zones sahélo-soudaniennes se traduit par un vieillissement des
forêts millénaires de baobab lié à l'absence d'une régénération
naturelle.

Baobab dans la réserve de Bandia (Sénégal).
La
couverture végétale arbustive dense et l'accès restreint à cette partie
de la forêt permettent un développement normal des baobabs.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les jeunes plants de baobab sont rares dans la brousse dès que la végétation arbustive basse de type acacia est absente.

Baobab dans la réserve de Bandia (Sénégal).
Ces
baobabs se situent à côté de la réserve de Bandia (Sénégal). Ils ont
été soumis à un émondage intensif au niveau des branches et du
feuillage.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Par exemple, dans certaines régions du Sénégal, on
observe déjà une baisse drastique de la récolte de fruit causée par des
pratiques intensives agricoles et pastorales, ou encore liées à la
pharmacopée et à l'artisanat. Cette dégradation des forêts est importante en Afrique de l'Ouest car on estime le défrichement annuel à 4%.
Afin d'enrayer cette évolution, des programmes de protection, de domestication et de valorisation de cette espèce
doivent être réalisés puisque dans la plupart des cas, le baobab n'est
pas cultivé mais est exploité comme une ressource forestière naturelle.
En 1992, des tests de greffage ont été effectués avec succès au Mali
afin de favoriser une fructification hâtive et de créer ainsi des
individus de taille modeste pour la récolte.

Culture maraîchère de baobab pour la récolte des feuilles au Mali.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Des essais de culture maraîchère de baobab ont déjà été réalisés également au Mali pour la production de jeunes feuilles.
Au Sénégal, un programme d'éducation à l'environnement autour du baobab
intitulé "Baobécole" financé par le Ministère des Affaires Etrangères
et l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) va permettre d'informer et de sensibiliser les enfants sur la problématique de la dégradation des forêts de baobab.

Essai de greffage de plants de baobab au Sénégal (ISRA, Dakar).
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
L'émondage intensif, semble être l'un des
problèmes majeurs de la régénération naturelle des baobabs dans
certaines régions de l'Afrique de l'Ouest. En effet, c'est
parce qu'il n'y a pas d'herbe à brouter (hors saison des pluies appelée
période de césure) que les éleveurs se voient dans l'obligation d'aller
couper le feuillage des arbres pour nourrir leurs bêtes. On
rencontre alors systématiquement des hommes, le plus souvent des
enfants, perchés dans les branches des baobabs, tranchant sans relâche
à la machette la quasi-totalité du feuillage.

Emondage d'un baobab par un jeune berger (Sénégal).
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
On ne peut manquer de remarquer l'agilité de ces
enfants à se déplacer de branches en branches, pieds nus et sans points
d'attache, parfois jusqu'à plus de vingt mètres au dessus du sol.

Les branches et feuilles tombées à terre sont directement broutées par le bétail (Sénégal).
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Si l'on estime que dans une journée 3 ou 4
troupeaux se trouvent dans une forêt et que leurs bergers émondent en
moyenne 2 à 3 arbres, on arrive rapidement à 6-12 sujets par jour qui
subissent une coupe drastique de leur feuillage, car aucunes branches
ne sont généralement épargnées. Un même arbre peut ainsi subir
l'émondage plusieurs fois dans la même saison. Il est actuellement
difficile d'évaluer l'importance de ces prélèvements qui perturbent
incontestablement la croissance et la reproduction du baobab. En
effet, la période feuillée n'est déjà pas bien longue au cours d'une
année (environ trois mois) et, régulièrement privé de ses feuilles
pendant cette période pour l'émondage, le baobab voit sa photosynthèse fortement réduite.
Par conséquent, la croissance de l'arbre ainsi que le stockage des
réserves l'est aussi. Les prélèvements d'eau par les racines sont
également limités par l'absence des feuilles qui, par
évapotranspiration, sont le moteur de toute la circulation des sèves à
l'intérieur de l'arbre. Les sujets sont alors plus sensibles à la
sécheresse et bien moins armés pour affronter la longue saison sèche.

Jeune baobab constamment émondé et ne disposant d'aucune branche…
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Les jeunes arbres sont à ce propos les plus
sensibles. L'émondage intensif empêche la reproduction sexuée car même
quand l'arbre arrive à fleurir, les branches sont coupées bien avant
que les fruits puissent arriver à maturité.

Eleveurs et troupeau de zébus dans la forêt de baobab de Nguékokh (Sénégal).
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites

Feuilles de baobab tout juste coupées par les éleveurs afin de nourrir le bétail.
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Le baobab : inspirateur de légendes
Le baobab apparaît fréquemment dans les mythes de
fondation de villages, de villes ou de royaumes. La forme particulière,
étrange et imposante du baobab inspire de nombreux propos
extraordinaires, contes et légendes. Par exemple, la disposition de ses
branches qui ressemblent à des racines, accrédite la croyance que
l'arbre tire grâce à elles sa force du ciel.

Calao à bec rouge
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Plusieurs légendes sont associées à la forme du baobab : les Arabes expliquent qu'un démon a arraché l'arbre, planté ses branches dans le sol et laissé ses racines à l'air.
Une autre légende explique que le premier esprit d'une race ancienne
proposa aux animaux de planter des arbres. La hyène arriva en retard et
reçut le dernier arbre qui restait, soit le baobab. Elle était si
furieuse qu'elle le planta à l'envers. La croyance la plus répandue est
cependant celle selon laquelle Dieu lui-même planta le baobab à
l'envers. Certaines personnes apportent des précisions en disant que
Dieu avait d'abord planté le baobab dans le bassin du Congo, puis à
Ruwenzori, mais qu'à chaque fois, l'arbre se plaignait d'une humidité
trop élevée. C'est alors que Dieu, irrité, décida d'arracher
l'insatisfait et le jeta dans une contrée sèche…mais il y atterrit à
l'envers.

Margouillat
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
S'il n'est pas utilisé comme sépulture pour
des griots, d'abri bus mais aussi d'habitation ou de cabane pour ranger
les outils et autres instruments, le baobab sert d'exutoire ou de
confident : en appuyant les deux mains sur son tronc, l'homme fait vœu
de sacrifice contre sa malédiction. Dans un bulletin du comité
d'études historiques et scientifiques de l'AOF publié en 1926,
l'administrateur des colonies Michel Perron rapporte que le village de
Toumbou-bâ tient sa notoriété des vertus de son baobab : C'est lui (le
baobab) qui détient le véritable droit d'asile. Ce n'est que dans le
creux de son tronc et sous ses branches que personne ne peut plus être
insulté ni frappé.

Ecureuil
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Point de repère pour les voyageurs, point de
rassemblement pour les villageois en palabre, quand il ne sert pas à
l'homme, l'arbre offre l'hospitalité aux animaux de la savane :
lézards, margouillats, serpents, oiseaux, mammifères, ..


Vidéo : Troupeau de zébus (2.4 Mo)
© Sébastien Garnaud

Margouillat
© S . Garnaud
Reproduction et utilisation interdites
Petit conte africain
Un jour, une hyène fatiguée, en provenance de la
chasse, s'assit sous un baobab et dit : "quelle ombre magnifique!" Le
baobab lui répondit : "c'est seulement l'ombre, tu n'as pas goûté à mon
fruit". Elle lui demanda de lui en donner. C'était très bon. Et il lui
ouvrit son tronc où il y avait tout ce que l'on désirait avoir au
monde. La hyène lui demanda de monter sur sa tête pour l'emmener chez
elle. Le baobab, en se posant sur sa tête, a écrasé la hyène.
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